samedi 3 septembre 2016

Le toi écrivain

Tu es seule dans cette demeure, seule dans cette maison du Haut-Forez.
Le silence t’entoure, tes idées se bousculent, s’entremêlent, se percutent.
Tes mains fébriles, inquiètes deviennent moites.
Au fond de toi, tu veux écrire. Écrire. Quoi ? Un témoignage ? Une fiction ?
Écrire. Pourquoi ? Pour transmettre des valeurs en errance ! Pour dénoncer des situations indignes !
Écrire, créer, s’exprimer, dans quel style ? Poétique ? Narratif ? Biographique ?

Tu souhaites créer, donner naissance à une œuvre.
Une œuvre sortie de ton esprit, une œuvre écrite avec tes mots.
Tu veux décrire un paysage, comme cette campagne paisible !
Tu souhaites partager cette ambiance qui t’entoure.
Toutes tes idées, toutes tes intuitions t’envahissent.
Tes sentiments sont multiples.

Pour créer, il faut lâcher prise.
Pour s’exprimer, il faut s’abandonner.
Pour donner, il faut recevoir.
Recevoir cette solitude d’écrivain qui t’ouvre ses portes.

Être écrivain c’est s’exprimer librement, c’est offrir son art.

L’autre

L’autre, elle est monstrueuse. Avec sa moustache qui irrite la peau du nourrisson, elle pique comme un hérisson.
L’autre, elle incarne la démesure. Avec sa bouche, elle hait, humilie, détruit son enfant qui ne veut que de l’amour.
L’autre, elle personnifie l’intolérance. Avec ses griffes, elle blesse, elle tue son fils qui ne rêve que de reconnaissance.
Mais les autres l’entendent, la voient. Les autres la jugent.
L’autre se trahit, l’autre se détruit, l’autre s’abaisse.
Son enfant, son fils, cette adulte s’il accepte de dépasser cette peur imposée par l’autre.
Grandira en amour. Deviendra le symbole de la liberté.
S’il accepte d’être vu comme force de la vie, à travers les yeux des autres, il s’émancipera.
S’il refuse le regard de la pitié, cet homme s’élèvera dans la dignité !

Cet homme deviendra pour son enfant, pour sa fille, la plus belle personne du monde.

L’état de crise

J’ai cru à un sursaut, à une prise de conscience. Rien de cela.
Crise, il y a eu, crise reviendra.
Comme si de rien n’était, tout va recommencer, comme avant.
Non sauf moi !
Moi, je ne peux plus. Je n’en peux plus.
Soumis, maltraité, l’humilié. Prêt à sacrifier sa propre famille. La sienne qui n’est pas celle de l’autre. Mais peut-être que si ? Sa famille, c’est principalement celle de l’autre !
Un jour, il y aura à une nouvelle crise. Pas avec l’autre.
Une crise qui va déchirer des cœurs. Une crise qui va briser des vies.
Non !
Cette crise apportera du nouveau. Des difficultés, certes. Mais naitront de nouvelles perspectives dans le respect, la tolérance, l’amour.

Le VRAI amour, avec son grand A, celui de la tendresse, de la bienveillance, de l‘amour sincère.

Rêve d’enfant

Je suis là, debout, devant Dominique. Deux semaines à tourner cette envie dans tous les sens. Deux semaines, à me questionner.
J’hésite… à deux doigts de réaliser mon rêve d’enfant.
Ce soir, je laisse mon cœur parler, je me lance. Ma devise, « tout faire pour ne jamais avoir de regret ». Je dois rester fidèle à moi-même.
Maintenant, j’ai pris ma décision. Une envie de pleurer. Devant moi cette création que je souhaite réaliser.
Une larme, immobilisée dans le vide, accrochée dans ce ciel bleu illuminé par un soleil chaud et perçant. Au centre de cette larme, un sourire, un sourire de joie, de satisfaction personnelle.

Aujourd’hui, je m’autorise ce rêve, « créer ».

lundi 29 août 2016

La biographe que je suis

Être biographe s’est accueillir le récit de l’autre

Je suis arrivée chez madame Miel. Elle me fait pénétrer dans son salon, me propose un siège et part me préparer un café. Mon regard vagabonde dans cette pièce dont la lumière est feutrée par un rideau couleur ocre. D’un coup, mes yeux s’arrêtent sur d’étranges documents, posés certainement depuis longtemps sur cet ancien buffet. Le papier vieilli dévoile un faire-part de naissance. Juste à côté, comme pour marquer le temps, un autre faire-part, mais de remerciement de décès. Concerne-t-il la même personne ?
Lors de la demande de madame Miel pour réaliser sa biographie, elle m’a exprimé sa volonté de témoigner de son expérience pour la transmettre à son époux. Nous avons longuement parlé de son enfance, de son premier rendez-vous avec son mari. Aujourd’hui, elle souhaite évoquer son rêve d’avoir un enfant.
De suite, je fais un lien avec ces deux faire-part. Je prends conscience que cette séance va être difficile, remplie d’émotion. J’appréhende, comment vais-je accueillir cette douleur d’une mère ?
Est-ce que j’ai un paquet de mouchoirs dans mon sac ? Oui, ouf ! J’ai au moins cela.
Oh, là, là ! Je sens le stress m’envahir. Comment vais-je pouvoir introduire les choses ?
Elle me rejoint, le café chaud dégage une petite fumée, une odeur douce. Madame Miel a les traits tirés. Elle sait que la rencontre va être difficile. Elle a dû avoir un sommeil agité. Faire un retour dans le passé, c’est douloureux.
-       Merci pour le café.
Je la fixe.
-       Nous sommes à notre troisième rendez-vous. La dernière fois que nous nous sommes vues, vous m’avez évoqué votre première rencontre avec votre mari.
-       Oui, je me souviens. Nous nous sommes mariés cinq ans après, le 16 août 2000. Il y a déjà seize ans. C’est loin.
Elle semble hésitante dans sa voix, des petits tremblements se font sentir.
-       Souhaitez-vous que l’on poursuive votre vie de couple ?
-       Oui, j’ai une chose difficile à évoquer…
Je sens qu’elle a besoin de temps. J’accepte le silence qui s’installe.
-       Je sais, vous m’avez prévenu que vous n’étiez pas thérapeute…
-       C’est exact
-       Mais si je ne parle pas de cet évènement, je n’arriverais pas à avancer.
-       Je comprends.
Elle me fixe droit dans les yeux comme pour me demander l’autorisation de parler. Je lui serre sa main posée devant moi, sur la table.
-       Il y a quatorze ans… avec mon époux… nous attendions un enfant.
Ces yeux rougissent sous les larmes qui commencent à apparaître. Je maintiens sa main, je ne peux pas faire autrement.
-       J’ai passé neuf mois de grossesse merveilleux. Toutes sortes de sensations m’ont traversé. Mon petit bougeait. Tout allait bien. C’était magique cette vie qui grandissait en moi.
Silence très long. Les émotions sont là. Comme des voiles grandes ouvertes, agitées par le vent qui s’est invité par la fenêtre entrouverte. Elle me regarde et maintenant c’est elle qui saisit ma main. A-t-elle peur que j’arrête tout ? Non, je n’ai pas le droit, je me dois de l’écouter, de l’accompagner dans son récit. J’attrape mes mouchoirs et je lui en tends un, comme pour lui dire « vous pouvez continuer. Je reste là ». Je fixe les documents sur le buffet. Ils semblent nous attendre ? Je la regarde.
-       Ce sont les faire-part qui concernent ce malheureux évènement ?
Tout en voulant maitriser sa tristesse, elle détourne son regard en direction de ces cartes. Un petit rictus se dessine au coin de sa bouche. Avec une grande tendresse, elle reprend :
-       Oui, c’est cela… on était tellement heureux d’avoir un enfant. Ce jour-là, les contractions me torturaient. Nos cœurs remplis de joies et d’angoisses, nous nous sommes rendus à la clinique. Notre impatience de rencontrer ce petit être tant voulu nous harcelait.
Elle relâche ma main, que je me réapproprie pour noter ses propos. Au rythme du grincement de ma plume sur mon cahier, elle poursuit :
-       Ça faisait trois heures que nous étions à la clinique. D’un coup, j’ai ressenti une grosse douleur au bas du ventre. J’ai cru que le travail allait débuter. Mais subitement, ont surgi sage-femme, infirmières, médecins. Ils s’activaient autour de moi, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je savais que quelque chose d’anormal se déroulait en moi. Il y avait un problème… mais aucune explication de la part des soignants…
Très long silence, durant lequel madame Miel souffle, cherche à contrôler ses émotions. Elle respire fort, et puis de plus en plus doucement. Je la fixe, je sens que je ne dois pas détourner mon regard, qu’elle attend mon soutien, ma compassion. D’un coup, elle reprend ma main, laissée là sur cette grande table en bois.
-       Ils m’ont fait une césarienne, mais c’était trop tard. Mon petit bébé était devenu un ange. Ils n’ont pas pu le réanimer.
Les larmes coulent sur son visage boursoufflé. Elle regarde, droit dans mes yeux. Et pourtant j’ai le sentiment que ce n’est pas moi qu’elle voit. Je perçois de la colère en elle.
-       Je hais tout le monde, je hais encore tout le monde. Pourquoi nous ? Pourquoi moi ? Pourquoi notre bébé ?
Je me cale sur le dossier de mon siège. Je ne peux que laisser crier sa douleur, sa rage, sa haine. J’ai besoin de me distancer. Je n’ai jamais connu cette situation, mais elle me touche, me bouscule. Je ressens une pression dans ma poitrine. J’aperçois une carafe d’eau à proximité, je la saisis, je lui sers un verre qu’elle approche délicatement de ses lèvres, elle boit une gorgée.
-       Je m’excuse.
-       Vous n’avez pas à vous excuser. Ne vous inquiétez pas.
-       Mais je souhaiterais vraiment que mes proches, mon mari comprennent ce que je vis depuis quatorze ans. Je me suis murée dans un silence durant toutes ces années. Mon époux est resté proche de moi, il m’a soutenu alors que je sais que lui aussi, il a beaucoup souffert. Je voudrais tellement lui dire comme je l’aime. Comme je regrette de ne pas avoir su l’écouter, entendre. Il a tout fait pour moi.
-       Vous pouvez peut-être m’expliquer comment il a réagi ?
-       Oui, je veux bien parler de ma perception. Il faut savoir qu’au début, nous étions tous les deux très en colère. Ensuite, je l’ai rendu responsable et en même temps je me sentais tellement coupable.
-       Qu’exprimait votre mari ?
-       ….


Isabelle Therond 
Site internet : isabelletherond.com